Le défenseur au tarot : l'art de faire tomber le preneur

Face au preneur, tous les autres s'unissent : ce sont les défenseurs. Leur mission : l'empêcher d'atteindre son objectif. Défendre est un art collectif, fait de coordination silencieuse et de coups bien placés. Voici comment une bonne défense fait chuter les meilleurs contrats.

Jeu de tarot français de 78 cartes — Le défenseur au tarot : l'art de faire tomber le preneur

Qui sont les défenseurs au tarot ?

Les défenseurs sont les joueurs qui s'opposent au preneur. Dès qu'un joueur a remporté l'enchère, tous les autres forment automatiquement le camp de la défense. À quatre joueurs, ils sont trois contre un ; à trois joueurs, deux contre un ; à cinq joueurs, ils sont trois face au preneur et à son partenaire secret.

Contrairement au preneur, qui a choisi son sort, les défenseurs subissent l'attaque. Mais ils disposent d'une force collective : en additionnant leurs cartes et en jouant de concert, ils peuvent contrer une main pourtant supérieure. Un défenseur seul est faible ; trois défenseurs coordonnés forment un mur difficile à franchir.

Le nombre de défenseurs selon la table

La configuration de la défense change avec le nombre de joueurs, ce qui influence sa marge de manœuvre. Voici les cas de figure :

Nombre de joueursDéfenseurs
3 joueurs2 défenseurs
4 joueurs3 défenseurs
5 joueurs3 défenseurs

À cinq joueurs, la situation est particulière : le preneur a appelé un roi, et son détenteur devient partenaire secret. Les trois vrais défenseurs ignorent au départ qui, parmi eux, est en réalité l'allié du preneur. Cette incertitude complique la défense, mais elle se dissipe dès que le roi appelé tombe et que le partenaire se dévoile.

Le but de la défense

La défense gagne si le preneur n'atteint pas son objectif de points. Puisqu'il y a 91 points en jeu et que le preneur doit en réunir entre 36 et 56 selon ses bouts, la défense cherche à lui refuser ces points, en les gardant pour elle. Chaque pli remporté par la défense, chaque figure capturée, rapproche le preneur de la chute.

Un objectif prioritaire : capturer les bouts du preneur, en particulier son Petit. Lui prendre un bout, c'est non seulement gagner ses points, mais aussi relever son objectif d'un cran (par exemple de 41 à 51 points), rendant sa tâche bien plus difficile. C'est souvent en arrachant un bout que la défense fait basculer une donne.

Cartes et joueurs de tarot français illustrant Le défenseur au tarot : l'art de faire tomber le preneur

Les tactiques du défenseur

Bien défendre suppose quelques réflexes éprouvés :

L'ouverture de la défense

Le tout premier pli est décisif pour la défense. Le joueur placé à la gauche du preneur entame : son choix de couleur oriente toute la donne. Quelques principes guident cette entame :

Une bonne entame renseigne les partenaires autant qu'elle gêne le preneur. C'est le premier acte de la coordination silencieuse propre à la défense.

Défendre en équipe

La grande force de la défense, c'est la coopération. Même sans se parler, les défenseurs jouent les uns pour les autres. Quand l'un d'eux remporte un pli, les autres lui « donnent » des points en y jouant des têtes, pour les mettre à l'abri du preneur. Quand le preneur mène, ils cherchent à le contrer ensemble.

Astuce

Une règle d'or : on ne « charge » un pli de points (en y ajoutant une figure) que si l'on est sûr que c'est un partenaire, et non le preneur, qui va le remporter.

Cette solidarité fait toute la différence. Un preneur affronte une équipe qui, bien coordonnée, additionne ses cartes et ses informations. C'est pourquoi une main de preneur, même belle, ne garantit jamais la victoire face à une défense attentive.

Lire le jeu du preneur

Un bon défenseur observe et déduit. Le contrat annoncé renseigne déjà sur la force du preneur : une Garde sans révèle une main très riche en atouts. La façon dont il joue, les couleurs qu'il attaque, les atouts qu'il tire, trahit ses forces et ses faiblesses. En recoupant ces indices, la défense devine où frapper : quelle couleur le preneur redoute, où se cache son Petit, quand tenter de le faire chuter.

Par exemple, un preneur qui évite soigneusement une couleur signale souvent qu'il y est court et craint la coupe : la défense insistera dans cette couleur. À l'inverse, un preneur qui tire méthodiquement les atouts cherche à protéger des rois et des points : la défense gardera ses propres atouts pour couper plus tard les plis chargés.

Le partenaire à cinq joueurs

À cinq joueurs, la défense doit composer avec un partenaire secret du preneur, dissimulé parmi les autres. Tant que le roi appelé n'est pas tombé, chacun ignore qui défend vraiment. Cette incertitude impose la prudence : charger un pli de points est risqué tant que l'on ne sait pas si celui qui va le remporter est un allié ou l'allié caché du preneur. Une fois le partenaire démasqué, la vraie défense, réduite à ceux qui restent, resserre les rangs et attaque de concert.

Le décompte pour la défense

Quand la défense réussit à faire chuter le preneur, chaque défenseur encaisse le montant de la donne. À quatre joueurs, le preneur paie ses trois adversaires : la défense gagne donc collectivement trois fois le montant. À l'inverse, si le preneur tient son contrat, ce sont les défenseurs qui le paient, chacun de son côté. Le sort des défenseurs est ainsi entièrement lié : ils gagnent ou perdent ensemble, tous du même montant.

Cette solidarité comptable explique l'esprit du camp défenseur : personne ne joue pour soi. Un défenseur qui sacrifie une belle carte pour faire chuter le preneur travaille pour tout le camp, et le gain final se partage à parts égales. Il n'y a donc jamais d'intérêt à jouer « perso » en défense : le seul objectif qui compte est de refuser au preneur les points dont il a besoin.

Défendre selon sa position

La place autour de la table influence le rôle de chaque défenseur. Celui qui joue juste après le preneur, en dernier sur les plis entamés par ce dernier, occupe une position d'observation précieuse : il voit toutes les cartes posées avant de choisir la sienne, et peut décider en connaissance de cause de charger le pli ou de le laisser. À l'inverse, le joueur placé juste avant le preneur doit jouer sans savoir ce que ce dernier va poser, ce qui le rend plus vulnérable.

Les bons défenseurs adaptent donc leur jeu à leur position : on charge volontiers un pli de figures quand on est certain qu'un partenaire le remporte, on temporise quand le preneur peut encore rafler la levée. Cette lecture de la position, combinée au comptage des atouts et des points, distingue le défenseur expérimenté du débutant qui se contente de fournir sans plan.

Les erreurs classiques du défenseur

Défendre est un art, et certaines maladresses reviennent souvent chez les débutants. La plus fréquente consiste à charger un pli de figures alors que c'est le preneur qui va le remporter : on lui offre alors gratuitement les points que l'on voulait protéger. Une autre erreur est de gaspiller ses atouts sur des levées sans enjeu, si bien qu'au moment de couper un gros pli du preneur, on se retrouve démuni.

On peut aussi citer le fait de jouer ses rois sans protection, en les exposant à la coupe ou à la capture, ou encore de ne pas suivre les bouts, notamment le Petit, dont la position détermine pourtant une grande partie de la stratégie défensive. Éviter ces fautes suppose surtout de la patience et de l'observation : un bon défenseur joue rarement au hasard, il attend le bon moment pour frapper et conserve ses ressources pour les plis qui comptent vraiment.

Questions fréquentes sur le défenseur

Les défenseurs peuvent-ils se concerter ?

Non, aucune communication n'est autorisée. La coordination se fait uniquement par les cartes jouées et la logique du jeu.

Comment la défense fait-elle chuter le preneur ?

En lui refusant des points : en remportant des plis, en capturant ses bouts et ses figures, pour l'empêcher d'atteindre son objectif.

Faut-il toujours monter à l'atout en défense ?

Quand on coupe, la règle oblige à monter si l'on peut. Tactiquement, c'est souvent souhaitable pour rafler le pli au preneur, mais il faut doser l'usage de ses atouts.

La défense a-t-elle un chef ?

Non. Tous les défenseurs sont sur un pied d'égalité et jouent pour le camp, sans meneur désigné.

Comment savoir qui charger d'un pli ?

On ne charge un pli de figures que si l'on est certain qu'un partenaire va le remporter ; dans le doute, on garde ses points ou on joue une basse.