Affranchir au tarot : l'art de faire mûrir ses cartes

Une carte sans valeur au début de la donne peut devenir imbattable à la fin : il suffit de l'affranchir. Cette technique, qui transforme des basses en points sûrs, est l'une des plus élégantes du tarot. Voici comment elle fonctionne et comment la réussir.

Jeu de tarot français de 78 cartes — Affranchir au tarot : l'art de faire mûrir ses cartes

Que veut dire affranchir au tarot ?

Affranchir une carte, c'est la rendre maîtresse en faisant tomber, au fil des tours, toutes les cartes qui la dominaient. Une fois affranchie, une carte basse devient imbattable dans sa couleur : elle remporte à coup sûr le pli où on la joue. Affranchir, c'est donc faire « mûrir » une carte, la transformer d'une valeur nulle en un point sûr.

Cette technique concerne surtout les couleurs longues : c'est en les affranchissant qu'on en tire des plis en fin de donne.

Le mécanisme de l'affranchissement

Le principe repose sur l'épuisement des cartes adverses. Prenons une longue couleur : en la jouant une première fois, on force les adversaires à fournir leurs cartes de cette couleur. En la rejouant, ils s'épuisent, car ils en ont moins que nous. Au bout de quelques tours, plus personne n'a de carte supérieure aux nôtres : nos petites cartes deviennent maîtresses. Elles sont affranchies, et raflent les derniers plis.

Un exemple

Vous avez cinq trèfles, les adversaires en ont peu. Vous jouez trèfle deux ou trois fois : les leurs tombent. Vos trèfles restants, même des 3 et des 4, n'ont plus de rivaux : ils sont affranchis et gagnent les plis suivants.

Affranchir demande de reprendre la main

La difficulté de l'affranchissement, c'est qu'il faut garder ou reprendre la main entre les tours. Après avoir joué sa couleur, on perd souvent la main : pour la rejouer, il faut la récupérer. C'est là qu'interviennent les atouts : en remportant un pli à l'atout, on reprend la main et l'on peut continuer à affranchir sa longue. Sans atout pour relancer, l'affranchissement risque de rester inachevé.

Cartes et joueurs de tarot français illustrant Affranchir au tarot : l'art de faire mûrir ses cartes

Quand affranchir ?

L'affranchissement se prépare et se joue au bon tempo :

C'est une technique de patience : on sème en début de donne pour récolter à la fin.

Affranchir, une compétence de joueur confirmé

Bien affranchir suppose de compter les cartes : savoir combien de cartes d'une couleur restent chez les adversaires, pour deviner quand les siennes deviendront maîtresses. C'est un raffinement qui distingue les joueurs expérimentés. Une longue affranchie peut transformer une main modeste en contrat gagnant, en rapportant, en fin de donne, des points qu'on n'attendait pas.

Affranchir, couper, défausser : ne pas confondre

Le vocabulaire du tarot regroupe plusieurs manières de tirer parti de ses cartes en fin de donne. Affranchir est l'une d'elles, mais elle se distingue nettement de la coupe et de la défausse. Le tableau suivant clarifie ces notions voisines.

TechniquePrincipe
AffranchirRendre une carte basse maîtresse en épuisant les cartes supérieures des adversaires
CouperRemporter un pli à l'atout dans une couleur qu'on ne possède plus
DéfausserSe débarrasser d'une carte inutile sans chercher à remporter le pli

Ces trois techniques peuvent se combiner dans une même donne. On coupe une couleur pour reprendre la main, on rejoue sa longue pour l'affranchir, et l'on défausse au passage les cartes devenues sans intérêt. Bien articuler ces gestes est la marque d'un jeu maîtrisé.

Un exemple pas à pas

Imaginons que vous déteniez six carreaux, dont le Roi, la Dame, et quatre petites cartes, tandis que les carreaux restants sont répartis entre vos adversaires. Voici comment se déroule l'affranchissement :

  1. Vous jouez le Roi de carreau : il remporte le pli et force chaque adversaire à fournir un carreau.
  2. Vous jouez la Dame de carreau : nouveau pli remporté, nouveaux carreaux adverses tombés.
  3. Après ces deux tours, il ne reste presque plus de carreaux chez les adversaires. Vos petites cartes de carreau n'ont plus de rivales : elles sont affranchies.
  4. Chaque fois que vous reprenez la main, vous rejouez carreau : vos basses raflent les derniers plis, en engrangeant au passage les points que les adversaires y déposent.

Cet exemple montre l'essentiel : on sacrifie d'abord ses cartes fortes pour faire tomber celles des autres, puis l'on récolte avec ses cartes faibles devenues imbattables.

Le rôle décisif des atouts

L'affranchissement bute souvent sur un obstacle : après avoir joué sa couleur, on perd la main, et il faut la reprendre pour continuer. Les atouts sont l'outil idéal pour cela. En conservant quelques atouts, on peut reprendre la main à volonté entre deux tours de sa longue, et poursuivre l'affranchissement jusqu'au bout.

Il y a d'ailleurs un ordre à respecter : on cherche en général à tirer les atouts adverses avant d'affranchir sa longue. Pourquoi ? Parce que si les adversaires possèdent encore des atouts, ils risquent de couper la couleur qu'on essaie d'affranchir, réduisant l'effort à néant. Tirer les atouts d'abord, affranchir ensuite : c'est l'enchaînement classique du preneur qui maîtrise sa donne.

Astuce

Gardez toujours au moins une carte de rentrée (un atout ou une carte maîtresse dans une autre couleur) avant de vous lancer dans l'affranchissement d'une longue. Sans moyen de reprendre la main, la couleur affranchie reste bloquée et ses points vous échappent.

Affranchir en attaque et en défense

On associe souvent l'affranchissement au preneur, mais la défense peut elle aussi affranchir une couleur. Un défenseur qui possède une longue peut, en la rejouant, faire tomber les cartes du preneur et se ménager des plis en fin de donne. La logique est identique : épuiser les cartes supérieures du camp adverse pour rendre ses basses maîtresses.

La différence tient à la coordination. Pour le preneur, seul maître de sa main, l'affranchissement est un plan personnel. Pour la défense, c'est un travail d'équipe : il faut que les partenaires devinent la longue de l'un d'eux et lui rendent la main au bon moment, plutôt que de gaspiller la couleur. Bien menée, une longue affranchie par la défense peut faire chuter un contrat qui semblait gagné.

Les erreurs fréquentes de l'affranchissement

Plusieurs maladresses réduisent à néant un affranchissement pourtant bien engagé :

Éviter ces pièges suppose d'avoir un plan avant de jouer sa longue : savoir combien de tours seront nécessaires, et par quel moyen on reprendra la main entre eux.

Compter les cartes pour bien affranchir

Affranchir avec justesse suppose de compter les cartes déjà tombées. Une couleur compte quatorze cartes en tout. Si vous en avez six, il en reste huit réparties entre les autres joueurs et le chien. En observant combien de cartes de cette couleur sont fournies à chaque tour, vous devinez le moment où les vôtres deviennent maîtresses. Ce calcul distingue le joueur confirmé du débutant, qui joue sa longue au hasard sans savoir quand elle s'affranchira.

Questions fréquentes sur « affranchir »

Que veut dire affranchir ?

Rendre une carte basse maîtresse en faisant tomber les cartes adverses qui la dominaient.

Pourquoi affranchir une couleur ?

Pour transformer ses petites cartes en points sûrs, qui remporteront des plis en fin de donne.

Faut-il des atouts pour affranchir ?

C'est très utile : les atouts permettent de reprendre la main entre les tours pour continuer à jouer sa longue.

Quand une carte est-elle affranchie ?

Quand toutes les cartes qui la battaient sont tombées : elle est alors maîtresse et gagne son pli.

Faut-il tirer les atouts avant d'affranchir ?

Oui, en général : tirer les atouts adverses empêche qu'ils ne coupent la couleur que l'on cherche à affranchir.

Quelle est la différence entre affranchir et couper ?

Affranchir rend une carte basse maîtresse dans sa couleur ; couper, c'est remporter un pli à l'atout dans une couleur qu'on ne possède plus.

Faut-il compter les cartes pour affranchir ?

C'est fortement recommandé : en suivant combien de cartes d'une couleur sont tombées, on sait quand les siennes deviennent maîtresses.

Une longue s'affranchit-elle toujours ?

Non. Il faut à la fois épuiser les cartes supérieures des adversaires et garder de quoi reprendre la main ; sans rentrée, la couleur reste bloquée.

La défense peut-elle affranchir une couleur ?

Oui. Un défenseur qui possède une longue peut l'affranchir pour se ménager des plis, à condition que ses partenaires lui rendent la main au bon moment.

Combien de tours faut-il pour affranchir ?

Cela dépend de la répartition : il faut assez de tours pour que les adversaires épuisent leurs cartes supérieures de la couleur, souvent deux ou trois.