Les bouts au tarot : les trois cartes qui font gagner
Au tarot, trois cartes pèsent plus lourd que toutes les autres. On les appelle les bouts, ou oudlers. Les compter, les protéger, les capturer : presque toute la stratégie du jeu tourne autour d'elles. Voici pourquoi elles sont si précieuses, et comment en tirer le meilleur.
Que sont les bouts au tarot ?
Les bouts, aussi nommés oudlers, sont trois cartes maîtresses du jeu de tarot : le 1 d'atout, surnommé le « Petit » , le 21 d'atout et l'Excuse. Deux d'entre elles sont des atouts (le plus petit et le plus grand) ; la troisième, l'Excuse, est une carte à part, mais on la range traditionnellement parmi les bouts.
Ces trois cartes n'ont a priori rien en commun : le Petit est le plus faible des atouts, le 21 le plus fort, et l'Excuse ne remporte jamais de pli. Pourtant, elles partagent un statut spécial qui les rend absolument décisives au moment du décompte.
Pourquoi les bouts sont-ils si importants ?
La raison tient en une règle simple mais capitale : le nombre de bouts détenus par le preneur en fin de partie détermine le nombre de points qu'il doit atteindre pour réussir son contrat. Plus il possède de bouts, moins il lui faut de points.
| Bouts du preneur | Points à réaliser |
|---|---|
| 3 bouts | 36 |
| 2 bouts | 41 |
| 1 bout | 51 |
| 0 bout | 56 |
Sur un total de 91 points en jeu, la différence est énorme : réunir 36 points est bien plus aisé que d'en réunir 56. Un seul bout supplémentaire abaisse l'objectif de cinq à dix points, un écart qui fait souvent la différence entre un contrat tenu et une chute.
À cela s'ajoute leur valeur au décompte : chaque bout vaut 4,5 points, autant qu'un roi. Un bout est donc doublement précieux : il rapporte des points et il abaisse la barre à franchir.
Le Petit, le 21 et l'Excuse : trois personnalités
Le Petit (1 d'atout)
C'est le bout le plus fragile. Étant le plus faible des atouts, il peut être capturé par n'importe quel autre atout. Tout l'enjeu, pour celui qui le possède, est de le protéger : on le conserve derrière une réserve d'atouts, on ne le joue qu'à l'abri, et, si possible, on le garde pour le tout dernier pli afin de réussir la prime du petit au bout.
Le 21 (21 d'atout)
À l'opposé, le 21 est imprenable : aucune carte ne peut le battre. C'est le bout le plus sûr, celui que l'on est certain de conserver jusqu'à la fin de la donne. Le détenir, c'est tenir un point d'ancrage inébranlable ; le perdre est tout simplement impossible en cours de jeu.
L'Excuse
L'Excuse, elle, joue selon ses propres règles : elle se pose quand on veut, dispense de fournir la couleur demandée, mais ne remporte jamais le pli. Jouée, elle revient malgré tout dans les plis de son propriétaire, qui cède en échange une carte basse au camp qui a gagné le pli. C'est un bout facile à conserver, d'où sa réputation de valeur sûre.
Compter ses bouts avant de prendre
Au moment de décider si l'on prend, le premier réflexe du bon joueur est de compter ses bouts. Chacun change radicalement la valeur d'une main :
- Aucun bout : il faut 56 points, un objectif difficile. Prendre sans bout exige une main exceptionnellement riche en atouts et en rois.
- Un bout : l'objectif tombe à 51. Avec une bonne longueur d'atout, une prise devient envisageable.
- Deux bouts : 41 points suffisent. La main est déjà solide ; une garde n'est pas exclue.
- Trois bouts : seulement 36 points. Le contrat est presque à portée de main, et l'on peut viser haut.
Attention toutefois : posséder des bouts en début de partie ne garantit pas de les conserver. Le Petit, surtout, peut être capturé. On compte donc ses bouts probables en fin de partie, en tenant compte du risque de les perdre.
Attaquer et défendre autour des bouts
Puisque les bouts décident du contrat, ils sont la cible privilégiée des deux camps. Pour la défense, capturer le Petit du preneur est un objectif de premier ordre : c'est lui ôter un bout, donc relever son objectif de points. La manœuvre porte un nom : la chasse au Petit. En tirant les atouts, on cherche à obliger le preneur à lâcher son Petit pour s'en emparer.
Le preneur, lui, joue l'inverse : il protège son Petit, tente de faire tomber le 21 adverse (le seul bout qu'il ne pourra jamais capturer autrement qu'en le faisant jouer), et surveille l'Excuse. Toute la tension d'une partie de tarot se cristallise souvent autour de ces trois cartes.
Bon à savoir
Un bout ne peut jamais être mis à l'écart : comme les rois, il doit rester en jeu. Le preneur ne peut donc pas « cacher » un bout dans son écart pour le mettre à l'abri.
La valeur des bouts au décompte final
En fin de donne, on compte les points des plis. Les bouts y figurent pour 4,5 points chacun, au même titre que les rois. Mais leur influence sur l'objectif se joue en amont : on regarde d'abord combien de bouts le preneur a récupérés, on en déduit son objectif (36, 41, 51 ou 56), puis on compare à ses points réellement réalisés.
Un exemple parlant : un preneur qui réalise 40 points chute s'il n'a qu'un bout (objectif 51), mais gagne largement s'il en a trois (objectif 36). Les mêmes cartes dans les plis, un résultat opposé : voilà toute la puissance des bouts.
Les bouts à trois et à cinq joueurs
Le rôle des bouts ne change pas selon le nombre de joueurs : ce sont toujours le 1, le 21 et l'Excuse, toujours trois cartes qui abaissent l'objectif du preneur selon le même barème (36, 41, 51 ou 56 points). Ce qui change, c'est leur rareté relative dans une main. À cinq joueurs, on ne reçoit que quinze cartes : décrocher deux ou trois bouts y est plus difficile, et un seul bout prend d'autant plus de valeur. À trois joueurs, où chacun tient vingt-quatre cartes, il est plus fréquent de réunir plusieurs bouts.
À cinq joueurs, un autre facteur entre en jeu : le partenaire. Les bouts détenus par l'allié du preneur comptent aussi pour le camp de l'attaque au moment du décompte. Un preneur peut donc tabler sur les bouts que son partenaire secret pourrait apporter, sans savoir précisément lesquels.
Pourquoi les appelle-t-on « oudlers » ?
Le terme oudler est le mot technique, un peu savant, pour désigner un bout : les deux mots sont parfaitement synonymes. Dans le langage courant des joueurs, on dit presque toujours « bout », plus imagé : ces cartes sont, au sens propre, les « bouts » qui font pencher la partie. Quel que soit le mot employé, l'idée reste la même : ces trois cartes valent bien plus que leur apparence, et savoir les compter, les protéger et les convoiter est le b.a.-ba de tout bon joueur de tarot.
Un exemple chiffré de l'effet des bouts
Rien n'illustre mieux le poids des bouts qu'un exemple. Imaginons deux preneurs qui réalisent exactement 44 points dans leurs plis à la fin de la donne, à quatre joueurs. Seule diffère leur récolte de bouts.
- Le premier a conservé deux bouts : son objectif est de 41 points. Avec 44 points, il fait 3 points de mieux que demandé ; il gagne son contrat.
- Le second n'a gardé qu'un seul bout : son objectif monte à 51 points. Avec les mêmes 44 points, il lui en manque 7 ; il chute.
Mêmes cartes dans les plis, résultat opposé. Un seul bout perdu en cours de route, souvent le Petit capturé, suffit à transformer une victoire en défaite. C'est cette bascule qui explique pourquoi tant d'efforts, de part et d'autre, se concentrent sur la conquête et la protection de ces trois cartes.
Astuce
Au moment de l'enchère, ne comptez pas seulement les bouts que vous tenez, mais ceux que vous garderez probablement jusqu'à la fin. Un Petit mal protégé vaut, à l'évaluation, bien moins qu'un 21 imprenable.
Les bouts dans le calcul du score
Les bouts interviennent à deux étapes distinctes du décompte. D'abord, ils fixent l'objectif à atteindre (36, 41, 51 ou 56 points) selon leur nombre. Ensuite, ils comptent pour 4,5 points chacun dans le total des plis, au même titre qu'un roi. Une fois l'objectif comparé aux points réalisés, on obtient un écart qui entre dans la formule du score : (25 + écart + petit au bout) multiplié par le coefficient du contrat, auquel s'ajoutent les primes de poignée et de chelem.
Notons que la prime du petit au bout, qui vaut 10 points ajoutés avant la multiplication, concerne précisément l'un des trois bouts, le Petit. Les bouts se trouvent ainsi présents à chaque maillon du calcul : ils déterminent la barre à franchir, ils garnissent les plis, et l'un d'eux peut même rapporter une prime spécifique. Aucune autre catégorie de carte n'exerce une telle influence sur le résultat final.
Questions fréquentes sur les bouts
Quels sont les trois bouts au tarot ?
Le 1 d'atout (le Petit), le 21 d'atout et l'Excuse. On les appelle aussi oudlers.
L'Excuse compte-t-elle vraiment comme un bout ?
Oui. Bien qu'elle ne remporte jamais de pli, l'Excuse est comptée comme un bout : elle vaut 4,5 points et compte dans le total des bouts qui fixe l'objectif du preneur.
Que se passe-t-il si je perds un bout en cours de jeu ?
Si un adversaire capture votre Petit, vous perdez ce bout : votre objectif de points remonte en conséquence. C'est pourquoi la protection du Petit est un enjeu majeur.
Peut-on gagner sans aucun bout ?
Oui, mais il faut alors réunir 56 points, ce qui suppose une main très forte. La plupart des prises se font avec au moins un bout en main.