Le chien au tarot : ces cartes qui changent tout

Quelques cartes posées de côté, face cachée, au moment de distribuer : voilà le chien. Anodin en apparence, il peut receler un roi, un bout, de quoi transformer une main moyenne en contrat gagnant. Son sort varie selon le contrat annoncé, et c'est l'un des ressorts les plus astucieux du tarot. Décryptage.

Jeu de tarot français de 78 cartes — Le chien au tarot : ces cartes qui changent tout

Qu'est-ce que le chien au tarot ?

Le chien, aussi appelé le talon, est un petit ensemble de cartes que le donneur met de côté, face cachée, pendant la distribution. Ces cartes n'appartiennent d'abord à personne : elles restent en réserve, au centre de la table, en attendant que les enchères décident de leur destin.

Le chien est une spécificité savoureuse du tarot. Il introduit une part de mystère et de pari : nul ne sait ce qu'il contient, et il peut aussi bien renfermer des cartes maîtresses que des basses sans intérêt. Pour le preneur, il représente à la fois un espoir et une inconnue.

Combien de cartes dans le chien ?

La taille du chien dépend du nombre de joueurs :

JoueursCartes par joueurChien
3 joueurs246
4 joueurs186
5 joueurs153

À trois et à quatre joueurs, le chien compte six cartes ; à cinq joueurs, il n'en compte que trois. Plus le chien est fourni, plus il peut peser sur la donne. C'est aussi pourquoi le tarot à quatre, avec son chien de six cartes, offre au preneur une marge de manœuvre appréciable.

Comment le chien est-il formé ?

Pendant qu'il distribue les cartes par paquets de trois, le donneur prélève, à certains moments convenus, une carte qu'il dépose au centre pour constituer le chien. On ne peut pas y placer la première ni la dernière carte du paquet, afin d'éviter toute manipulation. À la fin de la distribution, chaque joueur a sa main, et le chien attend, intact et secret.

Cartes et joueurs de tarot français illustrant Le chien au tarot : ces cartes qui changent tout

Le sort du chien selon le contrat

C'est ici que le chien devient passionnant : son destin dépend entièrement du contrat annoncé par le preneur.

Ce mécanisme donne toute leur saveur aux enchères. Plus le contrat est ambitieux, moins le preneur profite du chien, jusqu'à l'abandonner totalement à l'adversaire en Garde contre.

Un chien peut cacher un bout

Il arrive que le chien renferme un bout, un roi, ou plusieurs têtes. En Petite ou en Garde, c'est une aubaine pour le preneur ; en Garde contre, c'est une catastrophe, puisque ces points renforcent la défense.

Le chien et la stratégie d'enchère

Le chien influence directement la décision de prendre. Un joueur qui hésite peut se dire qu'en Petite ou en Garde, le chien viendra peut-être combler un manque : un bout de plus, un roi salvateur. Cette part d'espoir fait partie du calcul. À l'inverse, viser une Garde sans ou une Garde contre, c'est renoncer à cette aide, voire l'offrir à l'adversaire : on ne le fait qu'avec une main qui se suffit à elle-même.

Il faut aussi garder à l'esprit que le chien est invisible au moment d'enchérir. On ne prend jamais en connaissant son contenu : c'est un pari calculé sur la probabilité qu'il aide, ou non. Les bons joueurs intègrent cette incertitude à leur évaluation, tout comme l'outil d'analyse d'app-tarot.fr, qui simule des milliers de chiens possibles pour estimer vos chances réelles.

Le chien au décompte final

En fin de donne, les cartes du chien sont comptées dans le camp auquel elles reviennent : le preneur en Petite, Garde et Garde sans, la défense en Garde contre. L'écart du preneur, en Petite et en Garde, fait de même partie de ses points. Ces quelques cartes, mises de côté au tout début, pèsent ainsi jusqu'au dernier calcul de la partie.

Pourquoi l'appelle-t-on le « chien » ?

Le terme surprend les débutants. On dit le chien ou, plus techniquement, le talon. Ce vocabulaire imagé rappelle que ces cartes sont mises « de côté », en réserve, comme un chien qui attend au pied de la table qu'on décide de son sort. Le mot talon, lui, renvoie au tas de cartes restantes après distribution, un terme commun à de nombreux jeux. Dans les deux cas, l'idée est la même : un petit paquet neutre, qui n'appartient à personne tant que les enchères n'ont pas tranché.

Quel que soit le nom qu'on lui donne, le rôle est identique : ces cartes attendent, face cachée, au centre de la table. Leur destin ne se décide qu'une fois le preneur connu et son contrat annoncé. C'est ce suspense qui fait du chien l'une des mécaniques les plus caractéristiques du tarot.

Le sort du chien contrat par contrat

Toute la richesse du chien tient à ce que son destin change avec le contrat annoncé. Le tableau suivant résume qui en profite selon l'enchère choisie par le preneur.

ContratSort du chien
Petite et GardeLe preneur le retourne, l'ajoute à sa main et fait son écart
Garde sans / Garde contreNon vu : au preneur en Garde sans, à la défense en Garde contre

Plus le contrat est ambitieux, moins le preneur profite du chien. En Petite (coefficient 1) et en Garde (coefficient 2), il le voit et s'en sert. En Garde sans le chien (coefficient 4), les cartes lui appartiennent pour le décompte mais il joue sans les avoir vues. En Garde contre le chien (coefficient 6), il les abandonne carrément à l'adversaire. Cette gradation est l'un des ressorts les plus élégants des enchères.

Un exemple chiffré du poids du chien

Imaginons un chien de six cartes qui renferme un roi (4,5 points), une dame (3,5) et quatre basses (0,5 chacune, soit 2 points). Ce chien vaut au total 10 points. En Petite ou en Garde, ces 10 points tombent dans l'escarcelle du preneur, qui les intègre à sa main avant d'écarter : une aubaine.

Le même chien, en Garde contre, devient un cauchemar : ces 10 points renforcent directement la défense. Sur les 91 points de la donne, le preneur en cède ainsi 10 d'entrée à ses adversaires, ce qui rend son objectif d'autant plus dur à atteindre. On comprend pourquoi la Garde contre exige une main d'exception : il faut pouvoir gagner malgré ce handicap.

Astuce

Avant de viser une Garde sans ou une Garde contre, demandez-vous si votre main se suffit à elle-même. Renoncer au chien, voire l'offrir à l'adversaire, ne se justifie qu'avec une longue d'atout et plusieurs bouts qui garantissent le contrôle de la donne.

Le chien à cinq joueurs

À cinq joueurs, le chien ne compte que trois cartes, contre six à trois ou quatre joueurs. Cette réduction découle simplement de la répartition : avec quinze cartes par joueur, il ne reste que trois cartes pour le talon. Le chien pèse donc mécaniquement moins lourd sur la donne, et son contenu aléatoire a moins d'impact.

Les règles de sort restent les mêmes qu'à quatre : le preneur voit et utilise le chien en Petite et en Garde, ne le voit pas en Garde sans, et l'abandonne à la défense en Garde contre. En Petite et en Garde, il retourne les trois cartes, les ajoute à sa main de quinze pour en avoir dix-huit, puis écarte trois cartes pour revenir à quinze. Toujours pas de bout ni de roi dans l'écart.

Erreurs fréquentes autour du chien

Questions fréquentes sur le chien

Chien et talon, est-ce la même chose ?

Oui. « Chien » et « talon » désignent le même ensemble de cartes mises de côté à la distribution.

Le preneur peut-il écarter les cartes du chien ?

En Petite et en Garde, il ajoute le chien à sa main puis écarte le même nombre de cartes, sans pouvoir écarter ni roi ni bout.

Que contient le chien ?

N'importe quoi : des basses sans intérêt comme des cartes maîtresses. Son contenu est aléatoire et invisible avant l'enchère.

Pourquoi le chien est-il plus petit à cinq joueurs ?

Parce que les cartes sont réparties entre plus de joueurs : il n'en reste que trois pour le chien, contre six à trois ou quatre joueurs.

Combien de points contient le chien en moyenne ?

Cela varie au hasard de la distribution : souvent quelques points, parfois un roi ou un bout qui le rend précieux, parfois seulement des basses sans valeur.

Le preneur peut-il refuser de prendre le chien ?

En Petite et en Garde, prendre le chien fait partie du contrat. S'il ne veut pas le voir, il doit annoncer une Garde sans ; s'il veut le laisser à l'adversaire, une Garde contre.