L'écart au tarot : l'art de bien choisir ce que l'on cache
Prendre le chien, c'est bien ; savoir quoi rendre, c'est mieux. L'écart est ce moment discret mais décisif où le preneur, après avoir intégré le chien, met de côté quelques cartes. Un bon écart prépare la victoire ; un mauvais la compromet. Voici les règles et les principes de cet art subtil.
Qu'est-ce que l'écart au tarot ?
L'écart désigne les cartes que le preneur met de côté, face cachée, après avoir ajouté le chien à sa main. En Petite et en Garde, le preneur reçoit le chien (six cartes à quatre joueurs), les intègre à ses dix-huit cartes, puis en écarte six pour revenir à dix-huit. Ces cartes écartées sont mises de côté et comptent dans ses points au décompte final.
Le mot « écart » a d'ailleurs un double sens au tarot : il désigne à la fois ces cartes mises de côté, et, au moment du décompte, la différence entre les points réalisés et l'objectif. Ici, nous parlons du premier sens : l'écart comme geste de jeu.
Ce que l'on peut écarter, et ce qui est interdit
Le choix des cartes à écarter obéit à des règles strictes :
- Interdiction d'écarter un roi. Les quatre rois doivent rester en jeu.
- Interdiction d'écarter un bout (le 1, le 21 ou l'Excuse). Eux aussi restent obligatoirement en main.
- Un atout ne s'écarte qu'en dernier recours : seulement si l'on ne peut pas faire autrement, et à condition de l'annoncer à voix haute, en montrant que l'on est contraint.
En pratique, on écarte donc surtout des cartes de couleur : des basses, parfois une figure que l'on juge indéfendable. Ces contraintes existent pour préserver l'équilibre du jeu : sans elles, le preneur pourrait trop facilement mettre ses meilleures cartes à l'abri.
Pourquoi l'écart est-il si important ?
L'écart poursuit deux objectifs souvent complémentaires : engranger des points en sécurité et se créer des atouts de coupe.
D'un côté, les cartes écartées rejoignent les points du preneur : y placer des têtes de couleur (une dame, un cavalier) qu'on aurait eu du mal à défendre revient à sécuriser ces points d'avance. De l'autre, vider une couleur par l'écart permet ensuite de la couper : dès que cette couleur sera demandée, on pourra remporter le pli avec un atout. Créer une coupe par l'écart est l'un des mouvements les plus puissants du jeu.
Astuce
Écarter les deux dernières cartes d'une couleur pour la « couper » vaut souvent bien mieux que de conserver quelques points épars : une coupe rapporte des plis entiers.
Les principes d'un bon écart
Quelques repères guident le preneur au moment d'écarter :
- Se créer des coupes. Videz une couleur courte pour pouvoir la couper ensuite ; c'est le premier réflexe.
- Sécuriser les points fragiles. Une dame mal protégée dans l'écart est un point gagné ; la même dame en jeu risque de tomber sous un roi ou une coupe.
- Ne pas s'affaiblir inutilement. Gardez les couleurs où vous êtes fort et les cartes qui vous feront gagner des plis.
- Penser à la défense adverse. Anticipez ce que les adversaires joueront : écartez ce qui serait le plus exposé.
Écart et contrats sans chien
Attention : l'écart n'existe qu'en Petite et en Garde. En Garde sans et en Garde contre, le preneur ne prend pas le chien dans sa main : il n'y a donc pas d'écart. Il joue sa main telle qu'elle a été distribuée. Cette absence d'écart est l'un des handicaps de ces contrats ambitieux : on ne peut ni se renforcer, ni se créer de coupe par ce biais.
Ce qui peut ou non partir à l'écart
Les règles de l'écart tiennent en une distinction simple entre les cartes que l'on a le droit de cacher et celles qui doivent rester en jeu.
| Type de carte | Peut-on l'écarter ? |
|---|---|
| Rois et bouts (1, 21, Excuse) | Jamais, ils restent obligatoirement en main |
| Cartes de couleur (basses, figures) | Oui, ce sont les cibles habituelles de l'écart |
Le cas de l'atout est intermédiaire : on ne l'écarte qu'en dernier recours, si l'on ne peut vraiment pas faire autrement, et à condition de l'annoncer à voix haute. En pratique, l'immense majorité des écarts se compose de cartes de couleur : des basses dont on veut se débarrasser, ou parfois une figure de couleur que l'on juge indéfendable et que l'on préfère mettre à l'abri dans ses points.
Un exemple d'écart concret
Imaginons un preneur à quatre joueurs qui, après avoir retourné le chien, se retrouve avec dix-huit cartes plus les six du chien, soit vingt-quatre cartes en main. Il doit en écarter six pour revenir à dix-huit. Supposons qu'il possède, en carreau, seulement la dame et deux basses, et qu'il soit par ailleurs très long en atout.
Le meilleur écart consiste souvent à sécuriser la dame de carreau (3,5 points mis à l'abri) et à écarter aussi les deux basses de carreau, afin de couper cette couleur. Dès que le carreau sera demandé en jeu, le preneur pourra le remporter avec un atout. Il complète son écart avec trois autres basses de son choix. Résultat : il a engrangé des points en sécurité et s'est créé une coupe redoutable, deux avantages majeurs pour la suite de la donne.
Astuce
Videz de préférence une couleur courte plutôt que d'entamer une couleur longue. Écarter les deux ou trois dernières cartes d'une couleur suffit à la couper ; s'attaquer à une couleur de cinq cartes est en général impossible et sans intérêt.
L'écart d'atout et son annonce
Écarter un atout est une décision lourde, réservée aux mains où l'on croule sous les atouts sans pouvoir se défausser autrement. La règle impose alors de le montrer et de l'annoncer : le preneur pose l'atout écarté face visible un instant, pour prouver qu'il y est contraint et qu'il ne cache pas un bout ou un roi. On ne peut jamais écarter le Petit, le 21 ni l'Excuse, qui sont des bouts. Cette transparence protège l'équilibre du jeu : sans elle, un preneur pourrait dissimuler des atouts précieux hors de portée de la défense.
L'écart et le décompte final
Les cartes écartées ne disparaissent pas : elles rejoignent les points du preneur au décompte, exactement comme les plis qu'il remporte. C'est pourquoi y placer une dame (3,5 points) ou un cavalier (2,5) revient à sécuriser ces points d'avance, hors de portée des coupes et des rois adverses. À l'inverse, une couleur laissée en jeu peut voir ses figures tomber sous une carte plus forte. L'écart est donc un outil de capitalisation : on met à l'abri ce que l'on aurait eu du mal à défendre.
Attention toutefois : comme rois et bouts ne peuvent jamais partir à l'écart, on ne peut pas « sauver » un roi mal entouré de cette manière. S'il tombe dans le chien retourné, il faudra le défendre en jeu, ce qui suppose parfois de conserver des atouts pour le protéger.
Écart et contrats sans chien
L'écart n'existe qu'en Petite et en Garde, les deux contrats où le preneur prend le chien dans sa main. En Garde sans le chien, le chien lui appartient pour le décompte mais il ne le voit pas : pas d'écart possible. En Garde contre le chien, le chien va à la défense : là encore, aucun écart. Dans ces deux contrats ambitieux, le preneur joue sa main telle qu'elle a été distribuée, sans pouvoir se renforcer ni se créer de coupe par ce biais. C'est l'un des handicaps qui justifient leurs forts coefficients (4 et 6).
Erreurs fréquentes à l'écart
- Écarter une couleur trop longue. On ne coupe pas une couleur de cinq cartes : mieux vaut vider une couleur courte.
- Se séparer d'atouts par confort. L'atout est la force du preneur ; on ne l'écarte qu'en tout dernier recours et en l'annonçant.
- Sécuriser une figure au détriment d'une coupe. Une coupe rapporte des plis entiers ; garder trois points épars vaut souvent bien moins.
- Oublier de protéger un roi du chien. Un roi tombé dans le chien doit rester en main : prévoyez de quoi le défendre.
- Écarter sans penser à la défense. Anticipez ce que joueront les adversaires : écartez en priorité les cartes qui seraient les plus exposées une fois la donne lancée.
Un bon écart se réfléchit toujours en fonction de l'ensemble de la main : il ne s'agit pas seulement de se débarrasser de ses plus basses cartes, mais de dessiner la donne que l'on veut jouer. Vider une couleur pour la couper, mettre à l'abri deux ou trois figures fragiles, conserver intactes ses couleurs fortes et sa longue d'atout : chaque carte cachée doit servir un plan. C'est ce qui distingue l'écart machinal du débutant de l'écart calculé du joueur aguerri.
Questions fréquentes sur l'écart
Combien de cartes écarte-t-on ?
Autant que le chien en comportait : six à quatre joueurs, trois à cinq joueurs (mais à cinq, l'écart n'existe qu'en Petite et en Garde).
Peut-on écarter un atout ?
Seulement en dernier recours, si l'on ne peut pas faire autrement, et en l'annonçant. On n'écarte jamais un atout de gaieté de cœur.
L'écart est-il montré aux autres joueurs ?
Non, il est mis de côté face cachée. On ne le révèle qu'au décompte, où il rejoint les points du preneur.
Que se passe-t-il si le chien contient un roi ?
Le preneur doit le garder : on ne peut pas écarter un roi. Il l'intègre à sa main et devra le défendre en jeu.
Les cartes écartées comptent-elles pour le preneur ou la défense ?
Pour le preneur, en Petite et en Garde : elles rejoignent ses points au décompte, comme s'il les avait remportées dans un pli.
Pourquoi créer une coupe par l'écart ?
Parce qu'une couleur vidée peut ensuite être coupée à l'atout : dès qu'elle est demandée, le preneur remporte le pli entier, souvent chargé de points adverses.