Pisser au tarot : l'expression pour se débarrasser d'une carte

Le tarot a son argot, et « pisser » en fait partie. Derrière ce mot familier se cache une réalité tactique : se défaire d'une carte gênante au bon moment. Voici ce que recouvre cette expression et comment bien « pisser » ses cartes inutiles.

Jeu de tarot français de 78 cartes — Pisser au tarot : l'expression pour se débarrasser d'une carte

Que veut dire pisser au tarot ?

Pisser est une expression familière du langage des joueurs de tarot. Elle signifie se débarrasser d'une carte gênante, souvent un petit atout inutile ou une basse, quand on ne peut ni fournir la couleur demandée, ni espérer remporter le pli. C'est une façon imagée de dire qu'on « lâche » une carte dont on n'a plus l'usage.

Le mot est courant autour de la table, mais il ne correspond à aucune règle officielle : c'est du vocabulaire de joueur, pas un terme du règlement. On le rencontre surtout dans les parties amicales, où il colore les échanges : « je te pisse le deux d'atout », « il a pissé sa dernière basse ». Comprendre ce registre familier fait partie de l'apprentissage du jeu autant que la connaissance des règles.

Pisser à l'atout

L'usage le plus précis est « pisser à l'atout ». La situation : on doit couper (on n'a pas la couleur demandée), mais un atout plus fort a déjà été posé et l'on ne peut pas monter au-dessus. On est alors contraint de jouer un atout inférieur, sans espoir de gagner le pli. Autant en profiter pour se débarrasser d'un petit atout devenu inutile : c'est « pisser à l'atout ».

Rappel des obligations

On ne pisse à l'atout que lorsqu'on ne peut pas monter : si l'on a un atout supérieur, on doit le jouer (obligation de monter). Pisser suppose donc qu'on n'a que des petits atouts sous celui déjà posé.

Prenons un exemple. La couleur coeur est menée, vous n'en avez plus : vous devez couper. Mais un adversaire, avant vous, a déjà coupé avec le 15 d'atout. Vous ne possédez que le 3 et le 6 d'atout, tous deux inférieurs au 15 : impossible de monter. Vous jouez alors le 3, votre plus petit atout, sans espoir de gagner ce pli déjà perdu. Vous venez de « pisser à l'atout », en vous délestant de votre carte la moins utile.

Pisser en couleur

On « pisse » aussi en couleur : quand on ne peut ni fournir ni couper, on se défausse d'une basse sur un pli que l'on ne remporte pas. C'est alors un synonyme familier de « se défausser » : on lâche une carte de faible valeur pour conserver ses figures et ses atouts. L'idée est toujours la même : se délester du superflu au bon moment.

La logique de valeur guide ce choix. Dans le décompte du tarot, une carte basse ne vaut que 0,5 point, un Valet 1,5, un Cavalier 2,5, une Dame 3,5, un Roi ou un bout 4,5. Pisser, c'est toujours lâcher le bas de ce barème pour garder le haut. Sur un pli perdu, sacrifier une carte à 0,5 point plutôt qu'une Dame à 3,5 protège trois points d'un coup, et ces économies, répétées, décident souvent du contrat.

Cartes et joueurs de tarot français illustrant Pisser au tarot : l'expression pour se débarrasser d'une carte

Pisser, défausser, monter : le bon vocabulaire

« Pisser » se confond avec des termes voisins qu'il vaut mieux distinguer clairement. Le tableau ci-dessous met en regard le mot familier et son sens réglementaire.

Expression familièreSens dans les règles
Pisser à l'atoutCouper avec un petit atout sans pouvoir monter
Pisser en couleurSe défausser d'une basse, faute de couleur et d'atout

À retenir : pisser n'est jamais une entorse aux règles. C'est un mot d'ambiance qui décrit une action parfaitement légale, celle de lâcher une carte inutile quand on n'a pas mieux à faire. Il ne faut pas le confondre avec la renonce, qui, elle, est une faute : ne pas fournir alors qu'on le pouvait.

Bien pisser : une question de choix

Pisser n'est pas jouer au hasard : on choisit la carte dont on se déleste. Quelques principes :

Pisser à l'atout et l'obligation de monter

Le point délicat du « pissage » à l'atout tient à l'obligation de monter, aussi appelée surcoupe. Dès qu'un atout est posé sur le pli, tout joueur qui coupe ensuite doit fournir un atout supérieur s'il en a un. On ne peut donc pisser un petit atout que si l'on ne possède aucun atout plus fort que celui déjà tombé. Jouer un petit atout alors qu'on en avait un plus grand serait une renonce.

Ce détail a des conséquences tactiques. Un joueur qui veut « économiser » son gros atout ne peut pas simplement pisser un petit à la place : la règle l'oblige à monter. C'est pourquoi la position autour de la table compte : jouer tard sur un pli déjà lourdement coupé permet parfois de pisser, quand jouer tôt aurait forcé à monter. Le pissage à l'atout dépend donc autant du hasard de la distribution que du choix du joueur.

Astuce

Gardez la trace des gros atouts déjà tombés. Quand les atouts supérieurs aux vôtres sont tous passés, vos petits atouts deviennent maîtres : il ne faut alors surtout plus les pisser, mais s'en servir pour prendre la main.

Pisser en attaque et en défense

Le bon usage du pissage change selon le camp. Pour le preneur, pisser sert à modeler sa main : on se débarrasse des petits atouts sans avenir et des basses encombrantes pour concentrer sa force sur les cartes qui rentreront des plis. Pisser au bon moment permet aussi de vider une couleur et d'y créer une coupe, arme précieuse pour capturer les points de la défense.

Pour la défense, pisser obéit à la règle du camp : on ne nourrit jamais le preneur. Sur un pli qu'il remporte, on pisse une basse, jamais une figure. Sur un pli remporté par un partenaire, à l'inverse, on peut « charger », c'est-à-dire poser une carte de valeur pour engranger des points de son côté. Bien distinguer ces deux situations, savoir à qui profite le pli avant de pisser, sépare le défenseur appliqué du joueur distrait qui offre des points à l'adversaire.

Erreurs fréquentes autour du pissage

Quelques maladresses reviennent souvent :

Un mot du vocabulaire des joueurs

« Pisser » fait partie de ces expressions colorées qui rendent le tarot vivant autour de la table. Comme « faire tomber », « charger » ou « monter », il appartient au langage des habitués. Le connaître aide à comprendre les commentaires des joueurs et à se sentir de plain-pied dans une partie. Mais sur le fond, il recouvre une action simple et connue : se défausser d'une carte dont on n'a plus besoin.

Ce vocabulaire imagé n'est pas qu'un folklore : il traduit une culture du jeu, une manière de commenter les coups qui se transmet de table en table. Un débutant qui apprend ces mots gagne en aisance ; il suit mieux les parties, comprend les plaisanteries, et adopte plus vite les réflexes des joueurs chevronnés. Derrière un mot familier comme « pisser », il y a toute une pratique du tarot.

On notera enfin que le registre varie selon les régions et les tables : là où certains disent « pisser », d'autres parlent de « lâcher », de « jeter » ou simplement de « défausser ». Ces nuances de langage ne changent rien au geste, mais elles rappellent que le tarot est un jeu social autant qu'un jeu de calcul, où le plaisir de la partie passe aussi par les mots qu'on échange.

Questions fréquentes sur « pisser »

Que veut dire pisser au tarot ?

Se débarrasser d'une carte gênante, souvent un petit atout ou une basse, quand on ne peut ni fournir ni gagner le pli.

Pisser à l'atout, qu'est-ce que c'est ?

Jouer un petit atout quand on coupe sans pouvoir monter, pour se délester d'un atout inutile.

Est-ce une faute de pisser ?

Non, à condition de respecter les obligations : on ne pisse à l'atout que si l'on ne peut pas monter.

Pisser et se défausser, est-ce pareil ?

C'est très proche : « pisser » est le mot familier pour se défausser d'une carte de faible valeur.

Peut-on pisser un bout ?

On l'évite absolument : un bout (Petit, 21 ou Excuse) est trop précieux pour l'objectif et le décompte. On ne pisse que des cartes sans valeur.