Les basses au tarot : ces petites cartes qui comptent quand même

Elles ne valent presque rien à l'unité, et pourtant elles rendent d'immenses services : les basses sont les petites mains du tarot. Savoir s'en défausser, les utiliser pour couper, les compter : c'est aussi cela, bien jouer. Voici tout sur les cartes basses et leur usage réel.

Jeu de tarot français de 78 cartes — Les basses au tarot : ces petites cartes qui comptent quand même

Qu'est-ce qu'une basse au tarot ?

Une basse, ou petite carte, est une carte sans figure ni statut de bout. Cela recouvre :

Chacune de ces cartes ne vaut que 0,5 point, la plus faible valeur du barème. Individuellement, elles pèsent peu ; mais elles sont nombreuses, et leur usage est loin d'être négligeable. Sur les 78 cartes du jeu, l'écrasante majorité sont des basses : ce sont elles qui composent l'essentiel d'une main.

La valeur des basses

Une basse vaut 0,5 point. Comme on compte les cartes par paires, une basse s'associe à une carte à valeur (une figure ou un bout) pour former le décompte : c'est elle qui apporte le fameux « demi » dans des valeurs comme 4,5 ou 3,5. Prises isolément, dix basses valent 5 points : peu, mais pas rien sur les 91 points en jeu.

Pour situer la basse dans l'ensemble du barème, voici la valeur de chaque type de carte :

CarteValeur
Bout ou Roi4,5
Dame3,5
Cavalier2,5
Valet1,5
Basse (toute autre carte)0,5

On voit que chaque valeur se termine par un demi : c'est la conséquence directe du comptage par paires, où l'on additionne toujours une carte forte et une basse. Le total des points d'une donne s'élève à 91, et les basses en forment la trame de fond.

À quoi servent les basses ?

Loin d'être inutiles, les basses remplissent plusieurs fonctions essentielles :

Astuce

Ne sous-estimez pas vos basses : ce sont elles qui vous permettent de vous défausser intelligemment et de préparer vos coupes. Une main sans basses est une main rigide, difficile à manœuvrer.

Cartes et joueurs de tarot français illustrant Les basses au tarot : ces petites cartes qui comptent quand même

Les basses dans l'écart

En Petite et en Garde, le preneur prend le chien et compose son écart : il met six cartes de côté (trois à cinq joueurs). Les basses sont les cartes reines de l'écart, pour deux raisons. D'abord, on ne peut pas écarter de bout ni de roi : les basses sont donc naturellement les premières candidates. Ensuite, écarter les basses d'une couleur permet de la vider d'emblée, afin de pouvoir la couper dès son premier tour.

Attention toutefois : les cartes écartées reviennent au preneur au décompte. Écarter une basse ne fait pas perdre de points, mais écarter une couleur entière expose parfois à des coupes adverses si l'on n'a pas assez d'atouts pour en profiter soi-même. Le bon écart trouve l'équilibre entre vider une couleur et conserver de quoi la contrôler.

Les basses dans la défausse

La défausse est le geste par lequel on se débarrasse d'une carte quand on ne peut ni fournir ni couper (ou qu'on choisit de ne pas couper). On y joue naturellement ses basses : elles ne rapportent presque rien à l'adversaire s'il remporte le pli, et l'on garde ainsi ses cartes de valeur pour les moments décisifs. Bien gérer sa défausse, c'est savoir quelles basses lâcher, et dans quel ordre, pour ne pas s'affaiblir.

L'ordre de défausse a son importance. On se débarrasse d'abord des basses des couleurs que l'on souhaite couper, pour créer une absence le plus tôt possible. On conserve en revanche une basse dans les couleurs où l'on garde un roi ou une dame à protéger, car cette basse d'accompagnement sert de rempart contre la coupe.

Les basses et les coupes

C'est l'un des grands rôles des basses : préparer les coupes. En se débarrassant des dernières cartes d'une couleur, on la rend absente ; dès qu'elle sera demandée, on pourra couper à l'atout et rafler le pli. En Petite et en Garde, on peut même accélérer ce processus par l'écart, en y plaçant des basses pour vider une couleur d'emblée.

Une couleur courte accompagnée de basses est donc, paradoxalement, une force : un singleton ou un doubleton composé de basses se transforme vite en coupe rentable. À l'inverse, garder trop de basses sans projet de coupe alourdit la main : chaque basse conservée est une carte qui ne gagne pas de pli par elle-même.

Basses de couleur et basses d'atout

Il faut distinguer deux familles de basses, qui ne jouent pas le même rôle. Les basses de couleur sont les cartes de 1 à 10 des quatre couleurs : elles servent à fournir, à se défausser et à composer l'écart. Les basses d'atout sont les atouts intermédiaires, tous ceux du 2 au 20 sauf... précisons : tous les atouts sauf le 1 (le Petit) et le 21, qui sont des bouts. Ces basses d'atout, elles, coupent : bien que faibles en valeur, elles remportent tout pli où l'atout n'est pas déjà présent plus haut.

Cette différence est capitale au jeu. Une basse de couleur ne gagne presque jamais un pli par elle-même ; une basse d'atout, en revanche, coupe et rafle un pli entier de figures. C'est pourquoi on chérit ses petits atouts pour couper les couleurs adverses, tandis qu'on se sépare volontiers de ses basses de couleur à la défausse ou à l'écart.

Le comptage par paires et les demi-points

Le tarot se compte deux cartes à la fois : on associe une carte forte à une basse pour former un total entier. Ce mécanisme explique pourquoi toutes les valeurs comportent un demi : un roi vaut 4,5 et une basse 0,5, si bien qu'un roi accompagné d'une basse vaut exactement 5 points. De même, une dame (3,5) et une basse (0,5) valent 4 points à elles deux.

Lorsqu'on compte deux basses ensemble, elles valent 1 point (0,5 + 0,5). Cette règle du comptage par paires est ce qui donne au décompte son total rond de 91 points sur l'ensemble de la donne. Sans les basses pour compléter les cartes fortes, le décompte tomberait sur des demis isolés, difficiles à manier : les basses sont donc, au sens propre, ce qui équilibre le comptage.

Une main sans basses est une main rigide

Imaginez une main composée uniquement de figures et de hauts atouts, sans aucune basse : chaque carte vaut cher, mais aucune ne peut être sacrifiée sans perte. Impossible de se défausser proprement, ni de préparer une coupe. Les basses sont le lubrifiant de la mécanique : ce sont elles qui donnent à la main sa souplesse.

Combien de basses dans le jeu ?

Le jeu de tarot compte 78 cartes, et les basses en forment de loin la plus grande part. Dans chaque couleur de quatorze cartes, dix sont des basses : les cartes numérotées de 1 (l'As) à 10. Les quatre autres sont les figures (Valet, Cavalier, Dame, Roi), à valeur. Sur les quatre couleurs, cela fait donc quarante basses de couleur. Parmi les vingt et un atouts, dix-neuf sont des basses d'atout (tous sauf le Petit et le 21). L'Excuse, elle, est un bout à part.

Au total, l'immense majorité des cartes sont des basses. C'est dire si leur maniement conditionne le jeu : on passe la plupart de son temps, dans une donne, à jouer ou à recevoir des basses. Savoir lesquelles conserver, lesquelles jeter et dans quel ordre est donc une compétence de tous les instants, bien plus fréquente que le maniement des rares cartes de grande valeur.

Stratégie : quelles basses garder ?

Toutes les basses ne se gardent pas de la même façon. Quelques principes guident le tri :

La basse est ainsi une carte de manœuvre : seule, elle ne pèse presque rien, mais bien employée, elle protège les fortes, prépare les coupes et fluidifie tout le jeu. Un joueur qui néglige ses basses se prive de la moitié de son arsenal.

Questions fréquentes sur les basses

Qu'est-ce qu'une carte basse ?

Une carte sans figure ni statut de bout : les numéros de 1 à 10 des couleurs et les atouts intermédiaires. Elles valent 0,5 point.

Les basses sont-elles inutiles ?

Non. Elles servent à se défausser, à préparer les coupes et à protéger les figures. Elles rendent une main souple.

Un atout peut-il être une basse ?

Oui : tous les atouts sauf le 1 et le 21 valent 0,5 point, comme les basses de couleur.

Combien valent les basses ensemble ?

Chaque basse vaut 0,5 point ; leur accumulation finit par compter sur les 91 points d'une donne.

Peut-on écarter des basses ?

Oui, ce sont les cartes idéales de l'écart, puisqu'on ne peut y mettre ni bout ni roi. Elles permettent de vider une couleur pour la couper.