Le chelem au tarot : l'exploit de tous les plis

Remporter absolument tous les plis d'une donne : voilà le chelem, le sommet de l'art au tarot. Rare, spectaculaire, généreusement récompensé, il fait la légende des belles parties. Voici ses règles, ses primes et les clés pour le réussir.

Jeu de tarot français de 78 cartes — Le chelem au tarot : l'exploit de tous les plis

Qu'est-ce qu'un chelem au tarot ?

Le chelem, aussi appelé grand chelem, consiste à remporter la totalité des plis d'une donne. À quatre joueurs, cela signifie gagner les dix-huit plis sans en céder un seul à l'adversaire. C'est l'exploit le plus difficile et le plus prestigieux du jeu.

Le chelem peut être le fait du preneur (le cas le plus courant) et, dans certaines règles, de la défense. Il se distingue par sa récompense : une prime considérable qui s'ajoute au score de la donne, indépendamment du contrat annoncé.

Les primes du chelem

La valeur de la prime dépend d'un facteur essentiel : le chelem a-t-il été annoncé avant de jouer ?

SituationPrime
Annoncé et réussi+400 points
Réussi sans annonce+200 points
Annoncé mais manqué-200 points

La logique est claire : annoncer son chelem double la récompense (400 au lieu de 200), mais expose à une lourde pénalité en cas d'échec. Réussir un chelem sans l'avoir annoncé rapporte tout de même une belle prime. Ces points s'ajoutent après le calcul habituel du contrat et ne sont pas multipliés par le coefficient.

Le rôle particulier de l'Excuse

L'Excuse, qui ne remporte jamais le pli en temps normal, connaît une exception fameuse dans le chelem. Lorsqu'un joueur annonce un chelem, une règle spéciale prévoit que l'Excuse peut remporter le tout dernier pli. Cela permet de la conserver tout en réalisant l'intégralité des levées, alors qu'en jeu ordinaire, jouer l'Excuse au dernier pli reviendrait à la perdre.

Bon à savoir

Sans cette règle, l'Excuse serait un obstacle au chelem : on ne pourrait jamais gagner le pli où on la joue. L'exception du chelem annoncé résout élégamment ce problème.

Cartes et joueurs de tarot français illustrant Le chelem au tarot : l'exploit de tous les plis

Comment réussir un chelem ?

Un chelem exige une main d'une puissance rare et une conduite de jeu impeccable. Les ingrédients :

La moindre erreur, un pli cédé par mégarde, et le chelem s'effondre. C'est pourquoi il vaut mieux ne l'annoncer qu'avec une quasi-certitude : la pénalité de 200 points en cas d'échec est dissuasive.

Exemple : le déroulé d'un chelem

Un chelem se prépare dès l'écart et se conduit pli après pli. Voici le schéma type d'un chelem réussi par le preneur :

La moindre carte adverse oubliée, un roi mal protégé, un atout traînant dans une main ennemie, et l'édifice s'écroule. Le chelem est autant une affaire de puissance que de rigueur.

Le chelem, un pari sur l'honneur

Annoncer un chelem, c'est engager sa parole devant la table. Réussi, l'exploit est éclatant et rapporte 400 points ; manqué, il coûte 200 points et un peu d'amour-propre. Beaucoup de joueurs préfèrent donc la voie prudente : viser le chelem sans l'annoncer, empocher 200 points s'il réussit, et n'annoncer que lorsque la main est d'une puissance telle que l'échec paraît impossible. C'est une belle illustration de la tension permanente du tarot entre audace et prudence.

Annoncer ou ne pas annoncer ?

C'est tout le dilemme du chelem. Annoncer maximise la récompense (400 points) mais engage l'honneur : manquer un chelem annoncé coûte 200 points. Ne pas annoncer et le réussir quand même rapporte 200 points, sans le moindre risque. Beaucoup de joueurs prudents préfèrent viser le chelem sans l'annoncer, et n'annoncent que lorsqu'ils tiennent une main véritablement imbattable.

Le chelem selon le nombre de joueurs

Réussir un chelem, c'est remporter tous les plis d'une donne, sans en céder un seul. Le nombre de plis à rafler dépend donc du nombre de joueurs, puisque chacun tient autant de cartes qu'il y a de plis.

Nombre de joueursPlis à remporter
4 joueurs18 plis
5 joueurs15 plis

À trois joueurs, il faut remporter les vingt-quatre plis. Plus il y a de cartes en main, plus l'exploit est long à mener sans faute : la moindre carte adverse oubliée peut suffire à voler un pli et à ruiner l'ensemble. À cinq joueurs, la difficulté se double d'une subtilité : si le preneur a un partenaire par l'appel du roi, les plis remportés par ce partenaire comptent aussi pour l'attaque, ce qui peut aider le chelem.

Comment se calcule le score avec un chelem

La prime de chelem s'ajoute après le calcul habituel du contrat, et elle n'est pas multipliée par le coefficient. Prenons un exemple. Un preneur en Garde (coefficient 2) tient son contrat avec un écart de 20 points, sans petit au bout ni poignée. Son score de base est de (25 plus 20) multiplié par 2, soit 90 points par joueur.

S'il réussit un chelem qu'il avait annoncé, on ajoute la prime de 400 points telle quelle : le total grimpe à 490 points par joueur. S'il avait réussi le chelem sans l'annoncer, la prime aurait été de 200 points, pour un total de 290. Et s'il avait annoncé un chelem finalement manqué, il aurait subi une pénalité de 200 points, à déduire du résultat de la donne. La prime de chelem fonctionne donc exactement comme la poignée : un montant fixe, ajouté hors multiplication.

Chelem et petit au bout

Dans un chelem, le preneur remporte forcément le dernier pli. S'il le remporte avec le 1 d'atout, il touche en plus la prime de petit au bout. Réunir chelem et petit au bout dans la même donne est l'un des scores les plus spectaculaires du tarot.

La défense face à un chelem annoncé

Quand le preneur annonce un chelem, la défense n'a qu'un objectif : lui voler un seul pli. Un pli suffit à faire échouer le chelem annoncé et à infliger au preneur la pénalité de 200 points. Les défenseurs concentrent donc tous leurs efforts sur ce but unique : conserver un atout maître le plus longtemps possible, garder une carte susceptible de remporter une levée, guetter la moindre faille dans la conduite du preneur.

C'est pourquoi annoncer un chelem est un pari si risqué : on prévient l'adversaire, qui joue alors chaque carte pour saboter l'entreprise. Un chelem non annoncé, lui, prend la défense au dépourvu : elle ne se rend parfois compte du danger que trop tard, quand il ne lui reste plus de quoi remporter un pli.

Préparer un chelem dès l'écart

Un chelem ne s'improvise pas au dernier pli : il se prépare dès l'écart, en Petite et en Garde. Le preneur qui entrevoit un chelem cherche à couper une ou deux couleurs par son écart, afin de n'être jamais obligé de fournir une carte perdante. Il conserve précieusement ses atouts maîtres et ses rois protégés, et il évite d'écarter quoi que ce soit qui pourrait lui manquer pour rafler chaque levée.

La conduite suit ensuite une logique implacable : on tire d'abord les atouts adverses en menant l'atout pli après pli, jusqu'à ce que la défense n'en ait plus. Tant qu'un seul atout ennemi subsiste, une couleur peut être coupée et le chelem s'écrouler. Une fois la défense démunie d'atout, le preneur encaisse ses couleurs maîtresses, rois en tête, qui rentrent alors sans risque. Il garde enfin de quoi remporter les tout derniers plis, et réserve l'Excuse pour l'ultime levée si le chelem a été annoncé. Cette rigueur du premier au dernier pli est la marque du chelem réussi.

Erreurs fréquentes autour du chelem

Questions fréquentes sur le chelem

Faut-il annoncer le chelem à l'avance ?

Ce n'est pas obligatoire. Annoncé, il rapporte 400 points mais coûte 200 en cas d'échec. Non annoncé mais réussi, il rapporte 200 points sans risque.

Un chelem est-il fréquent ?

Non, c'est l'exploit le plus rare du tarot. Il exige une main dominante et un jeu parfait.

La prime de chelem est-elle multipliée par le coefficient ?

Non. Comme la poignée, la prime de chelem s'ajoute après la multiplication par le coefficient du contrat.

Peut-on faire un chelem avec l'Excuse ?

Oui. Dans un chelem annoncé, l'Excuse peut exceptionnellement remporter le dernier pli, ce qui permet de la conserver.

Combien de plis faut-il remporter pour un chelem ?

Tous : dix-huit à quatre joueurs, quinze à cinq joueurs, vingt-quatre à trois joueurs. Un seul pli cédé et le chelem est manqué.

La défense peut-elle réussir un chelem ?

Dans certaines règles, oui : si la défense remporte tous les plis, elle bénéficie elle aussi d'une prime de chelem. C'est encore plus rare que le chelem du preneur.