Se défausser au tarot : l'art de lâcher au bon moment

Ne pas pouvoir suivre une couleur n'est pas toujours un problème : c'est parfois l'occasion de se débarrasser d'une carte gênante. Se défausser, c'est jouer intelligemment ce dont on n'a plus besoin. Voici les règles et les finesses de la défausse.

Jeu de tarot français de 78 cartes — Se défausser au tarot : l'art de lâcher au bon moment

Que veut dire se défausser au tarot ?

Se défausser, c'est jouer une carte de son choix lorsqu'on ne peut ni fournir ni couper. La situation se présente quand on n'a pas la couleur demandée à l'entame et qu'on n'a pas non plus d'atout à jouer (ou, plus rarement, quand on a le droit de ne pas couper). On pose alors la carte que l'on veut, en général la plus inutile.

La défausse est le dernier maillon des obligations du jeu : on fournit d'abord, on coupe ensuite si on ne peut fournir, et l'on ne se défausse que si l'on n'a ni couleur ni atout. C'est donc une liberté qui ne se présente que par défaut, quand aucune obligation ne s'impose plus. Sur les 78 cartes du jeu, chaque joueur n'a qu'une poignée de cartes en main à un instant donné : savoir laquelle lâcher, sans en gaspiller la valeur, est un réflexe qui distingue vite le joueur aguerri.

Quand peut-on se défausser ?

L'ordre des obligations est strict :

La défausse est donc un recours : on ne s'en sert que lorsqu'on n'a pas d'autre obligation. À noter : l'Excuse, elle, permet toujours de ne pas fournir, mais c'est une carte à part, pas une défausse ordinaire. Enfreindre cet ordre, en se défaussant alors qu'on possédait encore la couleur demandée, constitue une renonce, faute grave et pénalisée. Avant de se défausser, le bon réflexe consiste toujours à vérifier une dernière fois qu'aucune carte de la couleur appelée ne se cache dans sa main.

Que défausse-t-on ?

La règle d'or : on se débarrasse de ses cartes les plus faibles. Sur un pli que l'on ne peut pas gagner, on joue une basse, pour conserver ses figures et ses atouts. Se défausser d'une carte à 0,5 point, plutôt que d'un roi ou d'un atout, c'est protéger sa main pour les plis qui comptent.

Le barème des valeurs éclaire ce choix. Une carte basse (l'As au 10 hors bouts) ne vaut que 0,5 point ; un Valet 1,5 ; un Cavalier 2,5 ; une Dame 3,5 ; un Roi ou un bout 4,5. Lâcher une basse plutôt qu'une figure, c'est donc préserver jusqu'à quatre points de différence sur une seule carte. Multiplié sur toute une donne, cet écart pèse lourd face à des objectifs de 36, 41, 51 ou 56 points selon le nombre de bouts détenus.

Astuce

La défausse est aussi l'occasion de vider une couleur : en se débarrassant de ses dernières cartes d'une famille, on la rend absente, ce qui permettra ensuite de la couper. La défausse prépare les coupes.

Cartes et joueurs de tarot français illustrant Se défausser au tarot : l'art de lâcher au bon moment

Défausse en attaque et défausse en défense

La bonne défausse n'est pas la même selon le camp dans lequel on se trouve. Le tableau ci-dessous oppose les deux logiques.

CampPrincipe de défausse
Attaque (le preneur)Garder les points, vider une couleur pour couper, lâcher les basses
Défense (les autres)Ne jamais nourrir le preneur, charger sur les plis du partenaire

Pour le preneur, la défausse sert d'abord à sculpter sa main : on écrème les couleurs faibles pour concentrer sa force sur l'atout. Pour la défense, elle obéit à une règle de camp : on ne donne jamais un point à l'adversaire, et l'on réserve ses figures pour les plis que remporte un défenseur. Charger le pli d'un partenaire, c'est encaisser des points de son côté sans les offrir au preneur.

La défausse comme arme tactique

Bien menée, la défausse est plus qu'un pis-aller : c'est une manoeuvre. On peut :

La défausse est aussi une arme de temps. En fin de donne, quand les atouts sont épuisés, la carte que l'on a su conserver, ou celle dont on s'est allégé au bon moment, décide souvent des derniers plis. Un joueur qui gère mal ses défausses se retrouve coincé, obligé de lâcher une figure sur un pli adverse ; celui qui les anticipe garde toujours la carte qu'il faut au moment où il le faut.

Le cas particulier à cinq joueurs

À cinq joueurs, la défausse prend une saveur particulière, car le preneur s'adjoint un partenaire secret par l'appel du roi. Tant que ce partenaire n'est pas identifié, on ne sait pas toujours à qui profite un pli. Se défausser d'une figure sur un pli qui semble adverse peut, en réalité, nourrir son propre camp si c'est le partenaire caché qui l'emporte. À l'inverse, une défausse mal placée peut charger le preneur adverse. Cette incertitude fait de la défausse à cinq un exercice de lecture : on observe qui a été appelé, qui remporte quoi, avant de décider de lâcher une carte de valeur.

Une carte ne revient jamais

Une carte défaussée est perdue pour le reste de la donne. Avant de lâcher une figure « pour s'en débarrasser », demandez-vous si elle ne pourrait pas encore rentrer un pli plus tard. La défausse est irréversible : elle se réfléchit.

Défausse et lecture du jeu

Les défausses des joueurs sont aussi une source d'information. Quand un adversaire se défausse dans une couleur, c'est qu'il en est court, ce qui renseigne sur sa distribution et ses coupes probables. Observer les défausses aide à deviner les mains adverses et à anticiper leurs coupes. Se défausser, c'est donc aussi communiquer, malgré soi, une part de son jeu.

Le joueur attentif tient une comptabilité mentale des défausses : telle couleur est morte chez tel adversaire, tel joueur n'a plus d'atout, tel autre garde manifestement une figure. Cette lecture, patiemment construite pli après pli, transforme un simple geste défensif en mine de renseignements. À l'inverse, elle invite à la prudence sur ses propres défausses : en lâchant trop tôt une couleur, on renseigne aussi les adversaires sur ses coupes à venir.

Erreurs fréquentes de défausse

Quelques fautes reviennent souvent, surtout chez les débutants :

Conseils pour bien se défausser

Au-delà des règles, quelques réflexes permettent de tirer le meilleur parti de chaque défausse. D'abord, identifier qui mène le pli avant de poser sa carte : on ne lâche jamais un point sur un pli remporté par l'adversaire. Ensuite, penser aux tours suivants : la carte que l'on garde aujourd'hui peut rentrer un pli demain, la défausse doit donc s'inscrire dans un plan, pas dans l'urgence du moment.

Il est aussi payant de choisir sa couleur de défausse avec constance. Se défausser toujours dans la même couleur pour la vider entièrement crée une coupe nette ; s'éparpiller sur plusieurs couleurs disperse ses cartes sans jamais rien vider. Enfin, gardez à l'esprit la hiérarchie des priorités du tarot : protéger ses bouts, conserver ses rois, préserver sa longueur d'atout. Une défausse réussie, c'est une carte inutile qui part sans que rien de précieux ne soit sacrifié. Ce petit calcul, répété à chaque pli, fait la différence entre un contrat tenu de justesse et une chute évitable.

Un dernier principe : en défense, la défausse est un langage tacite avec ses partenaires. Lâcher franchement une couleur signale qu'on y est court et qu'on la coupera ; conserver une figure indique qu'on espère la rentrer. Sans un mot, les défausses tissent une coordination entre défenseurs, arme précieuse pour faire chuter le preneur.

Questions fréquentes sur « se défausser »

Quand se défausse-t-on ?

Quand on n'a ni la couleur demandée ni d'atout à jouer. Si l'on a un atout, on doit couper.

Que faut-il défausser ?

Ses cartes les plus basses, pour conserver ses figures et ses atouts.

Peut-on se défausser d'un roi ?

On peut le jouer en défausse si l'on y est contraint, mais on évite : mieux vaut lâcher une basse. En revanche, on ne peut pas écarter un roi lors de l'écart.

La défausse sert-elle à couper ?

Indirectement : en vidant une couleur par la défausse, on prépare une future coupe.

Défausser et pisser, est-ce pareil ?

Presque : « pisser » est le mot familier pour se défausser d'une carte de faible valeur, en couleur ou à l'atout.